Production des Profs

Bouc solitaire
Bouc solitaire montres nous tes babines,

Elles sont mouillées, as-tu bu au bassin ?

Non, tes yeux sombres dévoilent ta grande peine

Tu pleures ta Biquette partie au matin.

                                

A cause d’elle tu as quitté le troupeau

Comme l’ermite tu as choisi les hauteurs

Insensible à la voix du pastoureau

Assumant seul le trop plein de ton cœur.

 

Ce n’est qu’un voyage, bouc, elle reviendra

Habillée autrement, plus fraiche qu’avant.

A son allure tu la reconnaitras,

A ses bonds gracieux, à ses chatoiements

 

Côte à côte vous irez à travers champs

Dégringoler les gradins comme avant

Vous emparer des plus beaux arbrisseaux

Pour vous nourrir des plus tendres rameaux

 

Bouc solitaire reviens, quitte ton gîte

Demain la météo prévoit la pluie

Les chèvres excitées mangent plus vite

Elles pressentent la prochaine intempérie.

 

Avec ton manteau de laine pendante

Et tes cornes en anneaux, tu es le roi

Tu es le plus beau, reviens pour Biquette

Ici il fait bon, tu n’auras pas froid.

 

Dr Salma Sfeir

Dr Salma Sfeir
Cœur de femme dans un buste d’homme

Comme d’un hérisson que j’ai vu un soir

Au pied d’un talus, de son museau noir

Talocher sans cesse bébé peluchon

Et puis vite le cacher dans le buisson

 

Attirée par ce geste naturel

Captivée par cet instinct maternel

Assise devant lui je m’émerveille

C’est mon homme à la grâce sans pareille

 

Derrière la barbe qu’il vient de défricher

La voix de stentor, les épaules carrées

Il y a ce cœur comme celui du rongeur

Plein d’affection, de tendresse, de douceur

 

Comme un bon vin dans une grosse jarre

La rose s’épanouit entourée d’épines

La virilité jamais ne décline

Quand elle s’habille des attributs d’une femme

 

Tantôt patient et tantôt audacieux

Il ne s’accommode pas du retard

Qui oserait chagriner ce cœur d’or

Et mettre à l’épreuve l’élan généreux

 

De sa porte il a ouvert un battant

Pour que vous soyez sûrs qu’il vous attend

Il a déjà préparé le café

Femme charmante est-ce toi qui l’as habité ?

 

O Mère des cieux est-ce toi qui insuffles

Toutes ces qualités, est-ce toi la source

De l’humilité et de l’attention

De l’abaissement et de la compassion ?

 

Un chat qui change de maître n’est pas un chat

Ses amis d’un jour le sont pour toujours

Il a beau chercher de nouveaux éclats

L’horloge s’arrête sur son premier amour

 

Mon homme laisse couler ses larmes sans honte

Il n’aime pas pour autant les adieux

Il s’échappe en secret non qu’il soit brut

C’est pour vous soustraire à son lourd fardeau

 

Juste contraste, originalité

Font sa beauté, mais ce que mon cœur aime,

Ce que j’admire, c’est l’authenticité

De ce cœur de femme dans un buste d’homme.


 

Dr Salma Sfeir
Papillon

Bleu taché de blanc, papillon à sa manière

Butine, pour lui, que reste-t-il à vivre

Un jour et deux nuits ? Qu’importe puisqu’il est ivre

De parfum, de pollen, de rosée, de lumière.

La rose bâille et la tige s’étire en soupirs

Papillon bleu reviendra-t-il en ce matin ?

Le temps est venu, la petit’ bête va partir

Sans émoi et sans pleurs, sans regretter d’un brin

La passion d’un printemps ni la houle des champs,

Les grappes mûriront pour un autre passant.

Si court soit le bonheur, la terre tourne en rond

Si longue soit l’attente, les printemps reviendront.

 

Dr Salma Sfeir